Veille

« Culture et inégalités numériques. La question des usages chez les jeunes en situation de vulnérabilité au Québec » est une recherche-action réalisée par Amina Yagoubi, docteure en sociologie et chercheure à la Chaire de recherche du Canada sur les enjeux socioculturels du numérique en éducation de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Cette recherche est supportée par MITACS et le Printemps numérique, dans le cadre du projet Jeunesse QC 2030 soutenu par le Secrétariat à la jeunesse (SAJ).

Dans un contexte où l’on constate une multiplication des technologies disruptives [Intelligence Artificielle — IA, Réalité virtuelle et réalité augmentée — RV/RA, mobilité numérique, Internet des Objets – Iot, technologies infonuagiques, etc.], la question de l’apprentissage tout au long de la vie des jeunes ou d’autres tranches de la population se pose. Face à des transformations de plus en plus accélérées, il importe de rester attentifs aux inégalités sociales et numériques, surtout en termes de pratiques, compétences et savoirs numériques.

À ce propos, le Plan d’action en éducation numérique (2018-2021) du Québec, paru en juin 2018, se donne pour objectif le maintien de la cohésion sociale afin de prévenir les inégalités qui accentuent le fossé entre info-riches et info-pauvres (Brotcorne et Valendu, 2009). Ce qui contribue à diminuer la fracture numérique touchant bien souvent les populations les plus vulnérables : « la fracture numérique existe, et elle n’est que la traduction d’une violente ségrégation culturelle et intellectuelle, qui ne fait que s’amplifier avec les “nouvelles technologies” » (Guichard, 2003 : 11). Celle que nous retiendrons pour notre étude est la fracture dite au second degré (Hargittaï, 2002), elle repose sur des inégalités de connaissances et de compétences (Kling, 1998).

C’est pourquoi la connaissance des mécanismes qui contribuent à réduire les disparités numériques est fondamentale (Collin et al., 2016). Ce n’est pas parce que les jeunes utilisent quotidiennement les technologies qu’ils les maitrisent (Karsenti, Collin, 2016). Par conséquent, il importe d’analyser d’une part les conditions d’acquisition des compétences numériques (Collin, 2016) et d’autre part, les caractéristiques des usages sociaux du numérique (Lacroix, 1994 ; Perriault, 2008 ; Gardies et al., 2010 ; Proulx, 2002). Dès lors, les pratiques numériques des jeunes sont un objet sociologique soumis à des variables socioéconomiques, démographiques et culturelles, laissant entrevoir des inégalités empreintes de symboliques, de valeurs et de rapports au monde (Aillerie, 2011). Nous porterons une attention aux liens de causalité entre les inégalités numériques, les inégalités socioculturelles et certaines variables identifiées (identité, géographie, genre, milieux…) pour comprendre comment sont construites des valeurs d’équité (Fusaro, 2008). La connaissance des milieux de la médiation numérique, ses acteurs et leurs rôles dans leur mission, peut se révéler essentielle à la consolidation d’un écosystème de la littératie numérique ainsi qu’à la diminution de la fracture numérique dans toutes les régions du Québec.

L’enquête sociologique est menée selon une démarche exploratoire, inductive et itérative respectant les principes de la recherche éthique universitaire (cf. EPTC2). La collecte des données est en grande partie réalisée lors d’expériences développées par le Printemps numérique en 2018 et 2019. La première étape du travail de terrain consiste à recueillir des données quantitatives et qualitatives lors de l’événement phare du Printemps numérique : les Cafés numériques, soit des espaces inclusifs de médiation numérique en direction de jeunes (13 à 29 ans), déployés dans 6 régions administratives du Québec. Ils sont pensés sous forme de lab créatif proposant une invitation au voyage numérique au travers la découverte de plusieurs stations : Réalité virtuelle, conception 3D ; programmation de robot humanoïde ; échanges et discussions (sondage et vox pop). À l’issue des Cafés numériques et d’autres événements du Printemps numérique, après avoir analysé le matériau recueilli, nous dresserons un portrait de la culture numérique des jeunes au Québec. De plus, grâce à la réalisation d’entrevues semi-dirigées avec des acteurs de la médiation numérique, nous affinerons la connaissance de l’écosystème de la littératie numérique au Québec. En conclusion, cette recherche partenariale permettra au fur et à mesure que le projet Jeunesse QC 2030 se déploie :

– D’assurer la coconstruction de connaissances entre un milieu de pratique et le milieu de la recherche universitaire ;

– D’enrichir la connaissance des impacts sociaux des nouvelles technologiques ;

– De partager avec différents milieux une meilleure compréhension de la culture numérique des jeunes ;

– De souligner le rôle des acteurs de la médiation numérique au Québec et ailleurs ;

– De nourrir les réflexions de la Table de concertation intersectorielle et interrégionale en littératie numérique au Québec, une table initiée par le Printemps numérique ;

– De continuer de développer des partenariats en collaboration avec le Printemps numérique entre les milieux de la recherche universitaire et les différents acteurs ;

– D’émettre des conseils et des recommandations.