En 2010, Françoise Lavoie Pilote, appuyée par de nombreux collaborateurs, présente une pièce interactive intitulée «Ocean Motel» au studio Oboro.  En 2012, l’ambition de porter l’expérience et la poésie d’Ocean Motel à la Satosphère de la Société des arts technologiques de Montréal (SAT) fut le point d’ignition pour fonder le Collectif Lebovitz et le voyage immersif Rouge Mékong.

Guillaume Arseneault, Daryl Hubert et Marc-André Baryl sont les esprits technologiques derrière cette pièce et ont accepté de dévoiler quelques secrets de Rouge Mékong.

 

Quelle est la différence entre Ocean Motel et Rouge Mékong ?

« Ocean Motel était présenté dans une pièce fermée déguisée en chambre de motel ; il n’y avait pas de début ni de fin à proprement parler. L’univers de Sarah Lebovitz n’était pas aussi « spatial » que dans la Satosphère. Les gens entraient dans la pièce, pour se retrouver dans la chambre de Sarah directement, ce qui diminue l’immersion. Toutes les séquences étaient déclenchées en fonction de l’interaction. Il n’y avait pas de groupes qui entraient dans l’espace à un moment précis et qui en ressortaient à un autre moment, n’importe qui pouvait rentrer quand bon lui semblait et découvrir l’espace et la narration à son rythme.

Rouge Mékong se déroule principalement dans la chambre de Sarah Lebovitz lors d’un voyage en Asie. Nous transformons la dimension réelle des « murs » de la Satosphère en murs « virtuels » grâce à la vidéo immersive et ainsi nous donnons l’impression d’une pièce.

Afin d’augmenter le sentiment de présence dans la chambre, nous utilisons la lumière et l’éclairage. De plus, nous orientons le regard vers certains objets à des moments précis, afin de donner l’impression que l’espace est habité. Au lieu de les contempler ces objets, nous sommes en immersion dans les pensées de Sarah Lebovitz ! »

 

Où sommes-nous dans le spectacle Rouge Mékong ?

« Rouge Mékong représente l’univers de Sarah Lebovitz, une femme qui fuit son amoureux et part en Asie. Elle est également une photographe et s’exprime par le biais de ses photographies. Le spectacle représente des fragments de la vie de Sarah dispersés à travers sa chambre. Rouge Mékong est donc un monde de Sarah parmi tant d’autres. Nous voulions jouer avec la frontière du privé en invitant les gens dans l’endroit le plus privé d’une personne : sa propre chambre. Et avec le spectacle, on vous demande de fouiller dans celle-ci pour trouver des indices sur la vie de Sarah et tenter de mieux la comprendre.

Le spectateur a le choix de vivre l’expérience de façon passive, en la contemplant et en laissant les autres trouver des réponses et déclencher des fragments de l’histoire de Sarah, où on peut être actif et être celui qui trouve des réponses. »

Image de Rouge Mékong – Les murs 3 (Crédits photos : Sarah Lebovitz)

 

En fouillant dans la chambre de Sarah, on déclenche plusieurs effets : clignotements de lumières, télé ou lumières qui allument, etc. Que représentent ces effets ?

« Avec Rouge Mékong, notre but était de narrer l’histoire de Sarah en utilisant la technologie pour immerger les gens dans son univers. Nous avons donc opté pour un changement du point de focus constant. C’est-à-dire que les gens sont poussés à se déplacer dans l’univers, malgré eux, grâce aux déclenchements technologiques. Par exemple, une malle au centre de la pièce est barrée au début du spectacle, des clefs circulent, peu à peu, toutes les lumières se tamisent, il ne reste que le coffre qui est illuminé.  Nous incitons les spectateurs à essayer de débarrer la malle. Une fois que le coffre s’ouvre, lumière, sons et objets travaillent ensemble pour créer un moment unique qui incite les spectateurs à se déplacer autour du coffre pour y voir son contenu. Nous jouons directement avec l’instinct des spectateurs pour qu’ils se déplacent dans l’univers, fouillent, se posent des questions, etc. »

 

Comment ces effets fonctionnent-ils ? Comment se déclenchent-ils concrètement ?

« Dans la totalité du spectacle, nous avons inséré plus de 375 déclencheurs différents. Ces déclencheurs peuvent être de toutes sortes : cadran qui ouvre et avance l’heure, lumière clignotante lorsqu’on y touche ou que l’on ferme un tiroir, etc. Nous avons inséré des microcontacts dans l’espace qui permettent de nous envoyer un signal dans nos ordinateurs lorsqu’un mouvement est détecté près de celui-ci. Les signaux de ces détecteurs sont reçus premièrement par des Arduino Ethernet qui permettent le relais entre le micro-contact et le système Max-Msp de notre régie.

Rouge Mékong – La pièce (Crédits photos : Sébastien Roy, Société des arts technologiques)

Rouge Mékong – La pièce (Crédits photos : Sébastien Roy, Société des arts technologiques)

Donc l’Arduino communique avec un système programmé dans Max-Msp qui est une sorte de « machine d’état » qui dit à la lumière si oui ou non elle doit être en mode « actif », donc si oui ou non elle doit clignoter. Les signaux que nous recevons dans la pièce sont donc tous traités par Max-Msp où nous avons tous nos signaux possibles dispersés en plusieurs pages ou « patch » max pour les connaisseurs. »

 

Est-ce que le spectacle prend toujours le même ordre dans ces séquences ?

« Évidemment, nous avons préalablement établi une séquence. Donc les détecteurs fonctionnent toujours, mais le système détecte lorsque les données reçues sont cohérentes avec la séquence établie et « débloque » les effets si les données reçues sont celles préétablies.

Notre avons mis en place le système Ableton Live (https://www.ableton.com), qui joue le rôle de chef d’orchestre dans Rouge Mékong. C’est ce système qui nous permet de tous tout disposer dans une ligne du temps et de permettre au spectacle Rouge Mékong de jouer par lui-même. Nous avons donc simplement disposé les modes que nous voulions pour les différents détecteurs, selon notre récit préalablement monté. »

Ableton Live

 

Que pouvons-nous voir dans la régie ?

« Dans la régie, nous avons 3 moniteurs principaux gérant tout l’univers de Rouge Mékong dans ses fonctionnalités et dans son récit.

Le 1er moniteur contrôle les différents projecteurs photons (http://www.vyv.ca/?page_id=996&paged=1) disposés dans la Satosphère. Ce sont ceux-ci qui permettent une projection presque 360 degrés et qui donnent le caractère immersif au spectacle.

Le 2e moniteur  est notre chef d’orchestre, Ableton Live, qui gère notre « Ligne du temps » du spectacle tout en nous permettant de visualiser toutes les pistes et tous les détecteurs disponibles dans l’environnement de Rouge Mékong.

Et finalement, nous avons le 3e moniteur qui est notre moniteur audio et serveur DMX (http://fr.wikipedia.org/wiki/DMX_(éclairage)). Ce serveur envoie ses données à l’objet DMX Serveur dans Ableton Live et permet le lien entre notre système et la boîte DMX dans la pièce. Cette boite gère en partie les lumières du spectacle. »

Rouge-Mékong-régie

 

Êtes-vous contraint de rester dans la régie pendant le spectacle ou roule-t-il seul ?

« Une application mobile a été créée afin de parvenir à contrôler tous les détecteurs du spectacle de façon simple et efficace. De cette façon, s’il y avait une complication technique, nous pourrions intervenir efficacement. De plus, cette application permet d’effectuer des tests beaucoup plus rapides sans avoir à aller dans la régie. »

 

Finalement, est-ce que Sarah Lebovitz existe ?

« Sarah Lebovitz est sur Facebook où elle partage sa vie, ses pensées, ses découvertes. Donc oui, Sarah existe réellement. Nous voulions, grâce à son compte Facebook, faire continuer de vivre le récit à travers ce roman virtuel. Si on regarde les contenus sur la page Facebook, on vit l’histoire réelle de Sarah et son amoureux Guillaume. Tout le monde qui vient écrire sur la page Facebook ou encore écrire sur le décor de Rouge Mékong vient modifier l’histoire et le dialogue.

Qui est Sarah ? Tout le monde peut être Sarah. »