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26 mai 2015

Un INSTANT SYNTHÉTIQUE pour la clôture du SYMPOSIUM IX

Un INSTANT SYNTHÉTIQUE pour la clôture du SYMPOSIUM IX

La SAT et son caractère “trippant

Eliptik Magazine, _Gate et EMAC, nous proposait, pour la clôture du SYMPOSIUM IX de la SAT (Société des Arts Technologiques), une brochette d’artistes réputés que ce soit en cinématographie ou dans l’univers des DJs et VJs. C’est INSTANT SYNTHÉTIQUE. Les styles des performances présentées collaient parfaitement à la thématique, L’explosion de l’immersion. D’ailleurs l’endroit lui-même n’aurait pu être plus approprié; un lieu qui semble défier les lois de la gravité par son architecture et les évènements qu’on y retrouve. Cet univers techno, underground mais maintenant bien connu, mettait en lumière (c’est le cas de le dire) des prestations futuristes et planantes.

La musique électro comme élément narratif

Tout d’abord nous avons eu droit à un court-métrage fort attendu du public: “The man of tomorrow”. Une biographie atypique sur la vie, le travail, l’essence même du DJ Jeff Mills, un poète sonore issu des États-Unis, dont la notoriété traverse les frontières. La majorité du film se voyait narrée par la musique électro expérimentale. Seules quelques phrases vers la fin, prononcées en sourdine, révèlent des éléments de sa vision de l’espace et du temps: “ Space travel and being out of space is now the most important fact in life” ou “Physical time travel may be possible in reality or in a simulation form”.

The man of tomorrow – Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault
The man of tomorrow – Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault

Les images renforcent les répercussions du techno alternatif sur les spectateurs

La mise en scène, réalisée par Jacqueline Caux, originaire de France, ne manquait pas d’audace tout en gardant la pureté, l’authenticité du cinéma noir et blanc puisqu’aucune retouche n’a profané le travail de la cinématographe. S’inspirant d’un nombre incalculable d’heures d’entrevue avec ce pionnier du son techno et de sa musique, Mme Caux a su rendre habilement l’âme du DJ. Cependant, avec une narration minimaliste et en jouant avec les lumières et les mouvements, elle s’est assurée de laisser libre court aux perceptions de chacun. Les images renforçant les répercussions du son sur les spectateurs. “J’aime bien démarrer ma journée avec une petite séance de techno” nous confie-t-elle d’un ton blagueur, suscitant un léger rire dans l’assistance.

C’est donc sur une trame sonore de techno alternatif que d’intrigantes images défilèrent: des silhouettes déformées et longiformes à la manière de Giacometti, des reflets organiques aqueux sur le visage flou du DJ baignant dans la pénombre ou encore une file d’individus marchant à la chaine tels des prisonniers traînant leurs boulets… et j’en passe. Le tout en haut contraste noir et blanc. “J’aime les noirs profonds” rajoute-t-elle plus tard lors de la séance de questions. En effet, cette créatrice d’images et d’ambiance maîtrise l’art de la texture via les vidéos, tout en disposant d’outils des plus épurés.

Intervention de Jacqueline Caux – Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault
Intervention de Jacqueline Caux – Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault

Jeff Mills alias “The man of tomorrow”

Jeff Mills, surchargé par la demande grâce à sa popularité grandissante, n’a pu assister à l’événement. Mais la scénariste a su très bien représenter l’homme dont son film s’est inspiré. Elle n’a pas manqué de souligner leurs affinités, en particulier  leur intérêt commun pour le futur et l’espace: “La lumière est très importante puisqu’elle est l’essence même de l’espace”. D’ailleurs leurs créations, à tous deux, se veulent intemporelles. Le court-métrage défie non seulement le temps, mais transcende également l’espace, la reconnaissance des lieux étant impossible, bien que l’on ait eu le privilège de savoir que la majeure partie du tournage s’est déroulé à Détroit, ville dont le DJ est natif.

Mme Caux affectionne particulièrement Détroit pour l’individualité de ses résidants, malgré la grande détresse régnant dans cette ville en déclin. L’admiration de la réalisatrice pour Jeff Mills était marquante, que d’éloges intarissables; le décrivant comme un être ingénieux, généreux, très curieux, facile d’approche et vrai. Ce qui s’apparente à ce que l’on dit de sa musique. Les deux artistes ont ainsi collaboré pour repousser, une fois de plus, et comme ils en ont l’habitude, les limites de leur art respectif tout en gravitant autour du même sujet spatial et intemporel, plongeant les spectateurs dans l’émerveillement.

INSTANT SYNTHÉTIQUE – Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault
INSTANT SYNTHÉTIQUE – Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault

 

L’hypnotique Satosphère

Pour faire suite à ce film innovateur, nous avons eu droit à un spectacle totalement immersif, grâce aux DJs et VJs en synergie au coeur du dôme quasi hallucinogène qu’est la Satosphère. En tête d’affiche se trouvait Tin Man, un artiste pour le moins attendu suivi de Chicaiza, Groj, Diagraf et Sean Carusso. J’ai d’ailleurs eu le plaisir d’y rencontrer Alain Gagnon, Directeur de programmation et des opérations spectacles du charmant voisin de la SAT, le théâtre Club Soda. Ce dernier mentionnait avoir suivi dans le passé quelques-unes des performances de l’un des DJs présents ce soir-là, Groj. Dont une qui semble avoir été tout un privilège puisque l’artiste s’est généreusement offert près de trois heures durant lors d’un party privé auquel moins de cinq personnes étaient invitées. M. Gagnon m’a raconté également que Max Cooper, un des piliers du domaine, l’avait qualifié de meilleur DJ au Canada étant même intimidé de faire suite à sa prestation.

C’est donc dans une atmosphère planante que les spectateurs se transformaient en danseurs et atterrissaient sur la piste telles des comètes se mouvant devant les puissants haut-parleurs, entraînés par les sons alternatifs. Le dôme de la Satosphère semblait lui-même sorti tout droit de l’espace. Son écran de 360 degrés n’aurait pu mieux se prêter au thème de “l’explosion d’immersion”. En effet, bien que certains dansaient, d’autres étaient confortablement étendus de tout leur long sur les abords de la gigantesque bulle aux allures spatiales, transportés par les graphiques projetés, parfois organiques et par d’autres moments cartésiens, mathématiques, aux profondeurs hallucinantes. On en perdait le Nord!

Somme toute, une suite de performances évoquant le spatio-temporel, d’une puissance d’immersion indéniable.

INSTANT SYNTHÉTIQUE – Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault
INSTANT SYNTHÉTIQUE – Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault

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Myrianne Beaudoin-Thériault