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22 mai 2014

Soleil : La musicalité dans la vie de tous les jours

Soleil : La musicalité dans la vie de tous les jours

Ce mardi 20 mai 2014, j’ai eu l’honneur de voir en primeur l’œuvre intitulée « Soleil », de l’artiste Jean-Ambroise Vesac à la Maison culturelle et communautaire de Montréal‑Nord. Cette œuvre est disponible en entrée libre dès aujourd’hui jusqu’au 22 juin 2014, et ce dans le cadre de la Biennale internationale d’art numérique. Je vous présente donc cette œuvre audiolumineuse dans son ensemble immersif et interactif ainsi que dans ses composés électroniques et logiciels.

Soleil est représenté sous la forme d’une boîte carrée fermée sur tous les côtés, sauf le dessous, et surélevée sur de grandes pattes permettant à un utilisateur de se faufiler à l’intérieur. Jean-Ambroise Vesac m’a permis de faire l’expérience en m’invitant premièrement à mettre des lunettes qu’il a concoctées. Sans hésitation, j’ai plongée dans l’univers sonore et visuel proposé par son œuvre ! Ensuite, j’ai remarqué que mes mouvements dans la boîte, c’est-à-dire lorsque je tournais sur moi-même ou lorsque je penchais ma tête dans une direction, avaient un impact sur les sons et que ceux-ci se spatialisaient en créant de nouvelles compositions sonores. En d’autres termes, j’avais l’impression d’être suivie par les sons en tout temps. De plus, les « flashs » lumineux me faisaient perdre mes repères ce qui m’obligeait à suivre mon « instinct sonore » pour comprendre ma position. J’ai reconnu l’ambiance de Soleil comme étant celle de la vie de tous les jours. Allant des bruits d’enfants qui discutent ou qui rient, suivis de sons de « skates » ou de basketball, j’ai même reconnu un « Là » de la voix de Jean-Ambroise Vesac. Il était clair pour moi que plus je m’agitais dans l’expérience, plus le son devenait intense jusqu’à devenir « granuleux » comme un bruit de télévision sans signal qui émet un « SHHHHH » en continu, au contraire des moments où j’arrêtais tout mouvement pour profiter d’une ambiance de vent dans un parc ou d’une partie de basketball.

Soleil - Jean-Ambroise Vesac
Soleil – Jean-Ambroise Vesac

L’intérêt que j’avais dans l’expérience était surtout de comprendre comment Jean-Ambroise Vesac réussissait à diviser chaque section de la boîte carrée, donc 4 côtés, en une ambiance distincte et surtout comment contrôler les compositions sonores multiples! Dans toute cette expérience, même si je m’agitais au maximum de mes capacités – attention de ne pas vous rendre malade ! – j’étais capable de me retrouver dans une certaine mesure parmi les sons et compositions. En associant une ambiance à un côté, j’étais capable après un certain moment de contrôler les compositions sonores et de faire de moi une réelle compositrice musicale professionnelle – on comprendra ici mes talents minimes en musique.

Commençons par démystifier la paire de lunettes fournie au début de l’expérience pour ensuite bien comprendre le lien entre la boîte et celles-ci. Sur le milieu des lunettes se trouve un petit détecteur que l’on appelle un gyroscope, souvent utilisé dans les modèles réduits comme les autos téléguidées. Ce détecteur permet de savoir où se trouve sa position sur lui-même et donc de dire à la petite auto d’avancer, de reculer ou de tourner. Toutefois, dans l’installation ces données ont été reprises par Jean-Ambroise Vesac et intégrées dans un logiciel de gestion de données appelé Max/Msp. Grâce à ce logiciel, Jean-Ambroise était en mesure de bien voir les données et de délimiter celles-ci dans le cadre de sa boîte. C’est-à-dire que grâce à ce détecteur, Jean-Ambroise est capable à distance, sur son ordinateur, de savoir si l’utilisateur a bougé, un peu, beaucoup, ou énormément, et s’il a tourné sur lui-même. Ensuite il relie ces données aux ambiances sonores qu’il a créées et disposées dans le logiciel. Ce qui veut dire que lorsque je regarde un côté de la boîte j’entends une partie de basketball et lorsque je change de côté j’entends des enfants en « skates » et ainsi de suite pour chaque côté. Ensuite Jean-Ambroise vient s’amuser à mélanger les compositions pour permettre à l’usager « d’entrer » dans le son lorsque celui-ci s’agite. Donc Soleil est un total de 4 canaux, 4 pistes, 1 paysage, 1 couche de loop et de bruits et 5 bandes de 12 sons. Imaginez toutes les possibilités de combinaisons que vous pouvez créer dans un environnement aussi riche en sonorités et en musicalité.

Max-Msp
Max-Msp

Ce qui passionne Jean-Ambroise dans son expérience est sa recherche autour de la subjectivité. C’est pourquoi celui-ci a bâti plusieurs prototypes, dont celui-ci qui est le troisième, ainsi que quatre ou cinq versions du logiciel. Après l’avoir fait expérimenter à plusieurs endroits dans le monde, Jean-Ambroise a réalisé l’importance pour les utilisateurs de se sentir stabilisés dans un environnement de ce genre. Il cherche à trouver un équilibre entre l’immersion et l’interaction qui se situerait le plus près de la réalité possible. Il explique son impression lorsqu’un utilisateur est en immersion : « Il n’interagit pas, et lorsqu’il est dans l’interaction on est moins en immersion musicale, on n’est plus dans l’action et plus vraiment dans le son. »  Jean-Ambroise cherche à dire que percevoir c’est agir, donc là où nous regardons, c’est notre réalisation. Toutefois, c’est la subjectivité qui rend l’utilisateur curieux et qui lui fait tourner la tête lorsqu’un son l’intéresse dans une autre direction, donc c’est en partie la subjectivité de l’utilisateur qui change son expérience. Son travail sur Soleil peut se résumer en « la rencontre entre la subjectivité de l’individu et la mienne » comme le dit si bien Jean-Ambroise.

Jean-Ambroise Vesac
Jean-Ambroise Vesac

Mais au final, pourquoi Soleil ? Jean-Ambroise de répondre : « Le Soleil représente la conscience dans une certaine mentalité un peu vieillotte. Au contraire de la Lune qui symbolise l’intuition. » C’est en donnant une référence au film Pierrot le Fou que Jean-Ambroise complète son explication « Dans ce film, Jean-Paul Belmondo est en voiture et tire sur le soleil, il veut représenter qu’il refuse la raison objective, il veut confronter son père et son destin ». C’est donc avec un bon mélange de subjectivité et de conscience que vous pouvez dès maintenant profiter de l’expérience Soleil à la Maison de la culturelle et communautaire de Montréal-Nord!

À propos de l'auteur

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Alex Lagacé-Carter